Mistral AI : Une licorne encore française… mais pour combien de temps ?

La licorne française de l’IA générative avec son modèle conversationnel le Chat, est l’histoire d’une ascension vertigineuse.

Créée à Paris il y a moins de 2 ans (Avril 2023) par 3 cerveaux à l’évidence brillants Arthur Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix, avec seulement 15 000 euros de capital initial, elle est déjà valorisée à 5,8 milliards d’Euros.

Jusqu’où grimpera-t-elle et, surtout avec quels actionnaires ? En d’autres termes Mistral IA restera-t-il un champion « Français » longtemps ?

Il est permis d’en douter. Trois mois après sa naissance, la start-up lève déjà …105 millions d’Euros, avec comme actionnaire un fonds américain réputé de la Silicon Valley, Lightspeed Ventures, installée sur la plus fameuse des « routes » du capital-risque de la Silicon Valley, Sand Hill Road, à Menlo Park (Californie). Autre vedette de la Silicon Valley et investisseur précoce, Eric Schmidt, connu pour avoir redressé et placé Google sur sa trajectoire de leader mondial.

Dans la même année, une autre star du capital-risque californien, Andreessen Horowitz, participe à un second tour de table de 385 millions d’euros, valorisant Mistral AI à 1,86 milliard. Marc Andreessen, pionnier des navigateurs web avec Mosaic, avait popularisé le World Wide Web dans les années 90.

En décembre 2023 donc, les 3 fondateurs se retrouvent encore à 44 % des parts.  La troisième levée de fonds, en juin dernier, permet de lever 600 millions d’euros à une valorisation post-money de 5,8 milliards de dollars, un record de création de valeur pour une startup française !

Pour autant si les fondateurs possèdent encore 40 % des parts (combien de droits de vote ?), les « zinzins » (investisseurs institutionnels) sont désormais majoritaires et de plus en plus américains. Parmi eux des majors de la tech US : Salesforce, Microsoft, IBM, Cisco, etc…. Si les développements tiennent leurs promesses de nouveaux tours de financement seront nécessaires, à des montants encore plus élevés. Il est facile de prévoir que seuls les grands fonds américains et les majors de la tech pourront suivre. Et donc que le siège social, voire la cotation, pourraient se déplacer vers New-York ou San Francisco. Suivant en cela d’autres licornes comme Dataiku et Hugging Face, qui fut hébergé, comme Mistral AI, à Station F…

Cependant Mistral AI et DeepSeek ne sont pas « ouverts » de la même façon.

Mistral AI et DeepSeek affirment tous les deux baser leurs modèles d’IA générative sur « l’Open Source », c’est-à-dire mettre gratuitement à la disposition des utilisateurs leur modèle pour que ceux-ci puissent l’utiliser librement et même enrichir. Pour autant si l’approche est a priori identique, l’est-elle vraiment ? Par ailleurs, comment se comparent-ils sur le plan des performances et du modèle économique ?

 

En réalité, le modèle chinois semble plus « ouvert » du côté chinois dont le modèle est totalement téléchargeable, alors que celui de Mistral souffre quelques réserves destinées à protéger les services ajoutés payants qu’il propose en premium. Notamment concernant la réutilisation commerciale des modèles, sans limite pour l’un, restreinte pour l’autre. Le modèle de DeepSeek est beaucoup plus massif, ce qui signifie qu’il est plus coûteux à héberger et à entretenir pour un utilisateur l’ayant chargé, par rapport à son rival Français.

Du point de vue des performances, les données des publications techniques disponibles indiquent que DeepSeek afficherait des performances supérieures.

Selon Prompthackers.co, DeepSeek-V3 afficherait un score de 88,5% sur le benchmark MMLU, contre 81,2% pour Mistral Large, indiquant « une meilleure performance dans la compréhension et la génération de langage naturel ».

Une appréciation à relativiser puisque les deux modèles n’en sont qu’à des phases de développement préliminaires, mais qui est toutefois à rapprocher de retours d’utilisateurs indiquant que le modèle Français peine à répondre à quelques questions simples (par exemple le nom du premier ministre actuel).

Sur le plan économique et financier, la tarification du modèle chinois est beaucoup plus agressive : la facturation de transactions payantes (via APIs) serait 38 fois inférieure à celle de son concurrent Français.

En revanche, selon l’agence Reuters, l’application « Le Chat » (le bot conversationnel de Mistral AI disponible gratuitement) serait l’assistant IA « le plus rapide du monde », capable de générer 1 000 mots par minute !

Mistral AI brille en France, mais son avenir s’écrit sous influence américaine. Restera-t-elle une licorne française ou prendra-t-elle le chemin de la Silicon Valley ?

 

Michel Ktitareff

CEO & CO-FOUNDER SCALE- UP BOOSTER